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Le manuscrit de Talcy

Le paysage sonore retrouvé du château de Talcy au XVIIIe siècle

Pénétrer dans le château de Talcy provoque, à coup sûr, une intense et étrange émotion… Si l'image du Siècle des Lumières se révèle, omniprésente, dans ces lieux chargés d'histoire, et ce, grâce à un effort muséologique remarquable, la voix de ses anciens habitants semble, elle, curieusement absente comme si, de nos jours, les yeux seulement pouvaient ressusciter le passé.

Parfois, cependant, la chance de redonner du sens à d'autres sens, l'audition en l'occurrence, se présente, et il convient de ne la laisser point passer. Sous l'apparence délicate d'un manuscrit dévolu à la vielle, rédigé pour l'une des demoiselles Burgeat dans les premières décennies du XVIIIe siècle et retrouvé dernièrement par Paul Fustier, l'iconosphère sonore du domaine de Talcy se révèle enfin : ample, riche, diverse et colorée. Les compositions des Marais, Lully, Rameau y côtoient joyeusement les contredanses du temps ainsi que les airs et brunettes qui firent les délices de Paris et de la province.

La réelle chance de voir réunis un lieu particulier et la pratique musicale qui put jadis s'y épanouir se concrétise sous les doigts des musiciens des Menus-Plaisirs du Roy, qui redonnent vie à un extraordinaire témoignage de la vitalité musicale du temps. En confrontant les pièces originales pour clavecin de Couperin avec les transcriptions réalisées pour la vielle dans le manuscrit, en proposant d'écouter les paroles savoureuses des vaudevilles contenus dans le recueil, ou encore en enchaînant des contredanses à la mode, à l'instar des bals qui se donnèrent dans les demeures patriciennes du XVIIIe siècle, les Menus-Plaisirs du Roy souhaitent que les sens puissent à nouveau battre à l'unisson.

Programme

La presse en parle

Anne Rousset, administratrice du château de Talcy, a réussi son pari concernant les concerts offerts dimanche, en l'église et dans le château, afin de célébrer le 500ᵉ anniversaire de la demeure, en lui faisant recouvrer son univers sonore du XVIIIe siècle : ample, riche, divers et coloré. Pour ce faire, elle a invité un ensemble venu de Belgique et composé de musiciens et chanteur belges, allemand et français, Les Menus-Plaisirs du Roy, compagnie créée en 1989 par le chef actuel, Jean-Luc Impe (théorbe), et son épouse Catherine Daron (traverso). D'abord spécialisé dans les opéras comiques pour théâtres de marionnettes, Jean-Luc Impe a découvert le Manuscrit de Talcy, écrit entre 1730 et 1740, qui recueille des musiques de compositeurs de renom comme Lully, François Couperin, Caix d'Hervelois, Mouret, Blamont ou encore Clérambault et Boismortier, mais aussi des auteurs anonymes.

Le concert donné à l'église devant une centaine de personnes a été somptueux, avec une très bonne acoustique. Les cinq musiciens et le ténor Stéphan Van Dyck ont interprété des gavottes, menuets, bourrées, et autres rondeaux et marches. Que dire de la sonorité de la vielle à roue entre les mains expertes de l'Allemand Riccardo Delfino, sans oublier le Français Édouard Catalan au violoncelle et Luc Vanvaerenbergh au clavecin. À l'issue, ils ont eu droit à une ovation debout.

La Nouvelle République

Concerts donnés au château de Talcy pour le 500ᵉ anniversaire de la demeure.

Riccardo Delfino : vielle à roue
Catherine Daron : traverso
Kaori Uemura / Édouard Catalan : viole de gambe / violoncelle
Luc Vanvaerenbergh : clavecin
Jean-Luc Impe : théorbe et direction musicale